#Accélérer ! Préface de François Lenglet, journaliste


Couverture_Accélérer_dec2016Issu du travail collectif de nombreux dirigeants de Cabinet de Conseil, l’ouvrage #Accélérer! La compétitivité, moteur de la prospérité sort en librairie le 3 janvier aux éditions Eyrolles.
Nous vous livrons ci-après en exclusivité la très belle préface écrite par le journaliste François Lenglet que nous remercions au passage.

Mais quelle légitimité ont donc les hommes d’entreprise pour donner des conseils au futur président de la nation ?
Ils n’ont ni l’expérience du suffrage universel, ni celle de la versatilité de l’électeur, toujours enclin à la réforme jusqu’au moment où elle le touche au portefeuille. Ils n’ouvrent pas pour le bien commun, puisque la finalité de l’entreprise est de servir ses clients au meilleur prix et de rémunérer le capital qui a été engagé. Et pourtant, nos candidats à la prochaine élection présidentielle auraient grand profit à lire l’ouvrage de Consult’in France. Parce que, même si l’auteur de ces lignes ne partage pas toutes les révolutions de la politique économique que les auteurs préconisent, le livre présente un diagnostic clair, chiffré et sans fard du déficit de compétitivité de la France.

Or, qui de plus qualifié pour analyser la compétitivité que des hommes d’entreprises, et particulièrement des consultants, qui ont assisté leurs clients dans leurs crises, leurs combats pour se développer, leurs transformations et leurs renaissances ? La recherche de la compétitivité est intrinsèque à l’entreprise, sans doute à l’activité économique elle-même : elle n’est jamais achevée. L’incessante concurrence, les ruptures technologiques, l’irruption des pays émergents, l’ingratitude d’un consommateur sans pitié sur le rapport qualité-prix, ce travail de Sisyphe est le quotidien des hommes d’entreprise. Aussi pénible qu’il soit au quotidien, il est l’aiguillon de la réussite.

Jusqu’à il y a peu, la recherche de la compétitivité était confinée au monde de l’entreprise. C’est fini. Voilà une quinzaine d’années qu’elle s’impose aussi aux collectivités nationales : un pays, si même il n’est pas comparable à une entreprise, doit être compétitif. Dans un monde où les frontières sont largement tombées, les hommes, les capitaux ont désormais le choix de leur localisation. Ils peuvent décider d’un clic de se transférer, eux-mêmes ou leurs avoirs, d’un pays à l’autre, aimantés par le plus offrant. La compétitivité, c’est le règne, non pas de l’arbitraire, mais de l’arbitrage. Arbitrage permanent, effectué par les facteurs les plus mobiles, qui sont nécessaires au bon fonctionnement d’une économie : les hommes et les femmes les mieux formés, l’argent, les emplois, qui se déplacent à la vitesse de l’éclair et désertent les terres qu’ils jugent inhospitalières. Quant aux immobiles, ceux qui n’ont pas la possibilité de bouger parce qu’ils sont peu ou pas formés, ils arbitrent eux aussi, lorsqu’ils jugent que leur pays n’est pas compétitif au plan fiscal. Ils réagissent, non pas en quittant la France pour la Suisse ou Monaco, mais en prenant un travail non déclaré, fourni par l’économie parallèle. Une sorte d’exil fiscal intérieur, qui coûte à la collectivité au moins aussi cher que l’exil transfrontières. Un pays qui n’est pas compétitif perd donc ses ressources. Il voit son secteur marchand s’atrophier, au profit de ses voisins ou de l’économie au noir. C’est l’une des explications de la médiocrité de la croissance française et de l’asthénie de la création d’emploi, toutes deux soulignées dans cet ouvrage.

Cette loi d’airain n’a pas toujours été aussi inflexible. Pendant près d’un siècle, la France s’en est affranchie grâce à un artifice fort utile, la dévaluation de sa monnaie. De 1914 à 1987, nous n’avons cessé de dévaluer le franc, pour rétablir notre compétitivité malmenée par les guerres ou les explosions sociales, comme le Front Populaire et mai 1968. Ou encore, comme le général De gaulle en 1958, pour faire passer la pilule de la réforme, en ranimant la croissance grâce au soutien d’exportations dopées par une monnaie faible. A l’époque, la technique est d’autant plus efficace que le monde est cloisonné par des frontières hermétiques. L’argent n’a pas le droit de circuler librement, le contrôle des changes règne partout. Le détenteur de capital, celui-là même qui est le maître aujourd’hui, se fait donc rançonner régulièrement par les dévaluations du dimanche soir, juste avant l’ouverture des banques et de la bourse, et il est contraint de payer cet impôt qui ne dit pas son nom. Quel que soit le problème, c’est lui qui règle l’addition.

Deux événements presque simultanés vont bouleverser la situation. La chute du mur de Berlin, tout d’abord, qui fait disparaître la frontière entre les deux moitiés de la terre. Et l’accélération du projet européen, avec l’achèvement du marché unique et la mise en route de l’union monétaire. Au tournant des années 1990, les frontières ont donc disparu. Le capital, les marchandises et les citoyens retrouvent une liberté qu’ils n’avaient pas connue depuis 1913, l’année où George Duhamel passait d’un pays à l’autre avec une simple carte de visite. C’est un nouvel âge d’or de la mondialisation qui commence, après une éclipse de soixante-quinze ans, causée par les grandes catastrophes de la première moitié du vingtième siècle. Quelques années plus tard, l’introduction de l’euro fera disparaître le risque de change en Europe, créant un vaste espace sans friction aucune.

Dans un tel espace, les facteurs mobiles, les investissements au premier chef, ont tendance à se polariser dans les zones les plus compétitives. Phénomène singulier, plus ils sont libres de leurs mouvements, plus ils se concentrent dans les mêmes régions, attirant les ressources humaines qualifiées, ce qui renforce encore la polarisation. Les nations sont alors en concurrence les unes avec les autres, pour capter ces ressources rares : seuls les pays ou les régions compétitives y parviennent, grâce à leur fiscalité, leurs infrastructures, leur marché du travail, les services qu’elles offrent. La suppression des frontières a provoqué une sorte d’enchère permanente.

La France ne comprend pas tout de suite ce nouvel état. Elle glisse dans les années 2000, insouciante grâce à la croissance retrouvée. Alors qu’elle aurait dû travailler son attractivité, elle utilise le répit du tournant du siècle pour faire exactement le contraire. Avec l’embauche massive de fonctionnaires, la mise en place des 35 heures, la création d’une armée d’emplois aidés. Elle croit sincèrement s’être accoutumée à la monnaie forte, avoir même vaincu l’Allemagne – n’est-elle pas désormais en excédent commercial vis a vis de son puissant voisin ? Alors qu’elle ne fait que gaspiller les derniers feux de la croissance et programmer l’explosion de sa dette.

L’illusion ne durera pas. Ce sont les crises de 2008, et surtout celle de 2010, qui frappe les dettes publiques dans la zone euro, qui la dissipent. Une réalité brutale se fait jour : la France ne peut désormais ni dévaluer, à cause de l’union monétaire, ni augmenter encore la dépense publique, à cause de la crise de la dette. Nos deux voies de sortie habituelles sont fermées. C’est l’impasse.

Nos deux présidents successifs, Nicolas Sarkozy et François Hollande, ne comprennent cela qu’en cours de mandat, lorsqu’il est trop tard pour agir. D’autant que l’un et l’autre ont fait des campagnes décalées, basée de surcroît, pour François Hollande, sur un diagnostic économique erroné. Ils laissent la France entravée et grondante. On pourra bien sûr trouver chez l’un ou chez l’autre des avancées sur tel ou tel sujet. On pourra aussi objecter que l’un et l’autre ont dû faire face à la crise économique du siècle. Reste que ces dix ans ont été d’un surprenant immobilisme.

Voici maintenant 2017, et avec l’élection, la prochaine occasion pour écrire une feuille de route. Il ne s’agit pas d’appliquer mécaniquement les réformes faites ailleurs. Chaque collectivité nationale est en droit de défendre, dans une certaine mesure, ses préférences collectives – le niveau de service public et de redistribution, par exemple, préférence à l’évidence bien plus forte chez les Français que chez les Britanniques. Il n’y a pas une route unique qui mène à la croissance, pas plus qu’il n’y a de politiques qui garantissent à coup sûr son retour. La campagne électorale, le débat entre les candidats et la confrontation des offres permettront de faire le départ entre les choix qui s’offrent à nous. Encore faut-il partir du bon diagnostic, et mesurer les contraintes qui bornent notre champ d’action.

C’est pour cela que le livre #Accélérer ! de Consult’in France est un outil précieux.